01/10/2006

Indochine

 

Pour la mémoire, voici un extrait des souvenirs de Monsieur Claude CORNIQUET en Indochine : Des P'tites eaux à l'Indo.

 

Cette guerre qui n’en est pas une, qui n’est pas ouverte franchement, mais en est une quand même par son existence insidieuse et sournoise. L’ennemi qui est partout et nulle part est indécelable, invisible, il frappe toujours à l’endroit et au moment où on s’y attend le moins.

Je vais essayer de donner mon humble avis sur cette drôle de guerre:

Cette guérilla que nous avons combattue est à mon avis beaucoup plus difficile à contenir et à contrôler qu’une guerre ouverte avec deux belligérants d’un côté et d’un autre, la stratégie est complètement différente à appliquer.

D’un côté les positions de l’adversaire sont connues, il existe un front suivant les forces en présence. D’éminents supérieurs militaires peuvent cartes en mains, décider, et appliquer leurs savoirs pour combattre efficacement ?

 

Mais la guérilla, c’est autre chose, nous ne savons pas de quel côté peut venir le danger.

 

En Indochine, nous n’avons pas eu affaire, avec une guérilla toute simple, où il ne fallait craindre que les attentats de type terroriste.

 

Nous avions aussi à combattre des formations, Viêt-Minh, structurées, encadrées, disciplinées, bénéficiant du terrain qu’ils connaissaient parfaitement, et souvent, et c’était cela le pire, le soutien et la complicité d’une certaine population soumise à la propagande communiste et anti- française.

Les accrochages que nous avions à engager étaient toujours disproportionnés en nombre de combattants. Lorsque nous étions dix, eux étaient cent, lorsque nous étions cent, eux étaient mille.

 

Le Viêt refusait toujours l’affrontement quand ils étaient, en infériorité numérique d’hommes, même à égalité, ou en légère supériorité. Ils trouvaient toujours le moyen de décrocher et de s’évanouir dans la nature, sans que nous puissions savoir comment ils avaient fait …

 

Leurs attaques ou embuscades étaient toujours préparées minutieusement, n’hésitant pas à sacrifier le cas échéant quelques « bo-doï » (combattants viêt), pour être plus efficaces et plus meurtriers pour nous.

Ne jamais savoir d’où pouvait venir le danger, jours et nuits sur le qui-vive, je pense que pour nous le moral et l‘état d’esprit en prenaient un coup.

À mon avis, il fallait quand même reconnaître que de vivre pendant plusieurs années dans ce climat d’insécurité permanente, sans jamais le moindre relâchement, ni repos, ni permissions, dans un coin tranquille pour « décompresser » ne favorisait pas notre mental.

 

Certains gars, à l’issue de leur séjour, qui ne durait pas moins de deux ans et quelques mois, rentraient déboussolés. Je pense que j’ai eu ce problème.

 

Cela se concrétisait par des insomnies tenaces et agitées, je n’arrivais pas à me vider l’esprit de cette campagne.

 

La guerre d’Indochine était faite ainsi pendant les premières années.

 

Vers la fin nous avons eu affaire à de vraies batailles contre une armée Viêt, organisée avec du matériel et de l’armement lourd que leur fournissaient, la Chine, l’U.R.S.S. et d’autres pays de l’Est.

 

Même la France par l’intermédiaire des partis politiques qui participaient et apportaient, en plus du sabotage du matériel qui nous était destiné, un appui moral, à nos ennemis. Ces divisions Viêt-Minh utilisaient même de l’armement Américain, qui leur parvenait, je ne sais pas comment.

Nous, français, ne pouvions plus maintenir et contenir cette armée, qui devenait disproportionnée en nombre. Le soutien pour l’armée française en matériel, et le renfort en hommes, n’était plus assuré convenablement. Et tout ceci dans un climat politique hostile aux combattants d’Indo.


Le retour en France des combattants faisait l’objet de manifestations haineuses, nous étions loin de l’accueil avec musique ou fanfare.

 

Quoique n’ayant jamais débarqué à Marseille (je faisais partie des troupes Nord Africaines, nous embarquions ou débarquions à Mers-El-Kébir), je sais par des amis que certains bateaux restaient en rade jusqu’à la tombée de la nuit afin d’accoster secrètement et débarquer ces combattants de l’armée Française, comme des parias.

 

Ensuite, faute de vêtements ou d’uniformes convenables, ils étaient consignés au camp Sainte Marthe, jusqu’au départ en permission. Ces gars n’osaient pas parler de cette guerre qu’ils venaient de terminer.

Il y a quelques années, au cours d’une assemblée de l’une de mes associations, j’ai eu l’occasion de parler avec un officier en activité qui me racontait cette histoire : Son père qui était Colonel a été tué en Indochine. Sa famille avait après des démarches à n’en plus finir, réussi à faire rapatrier les restes de ce Colonel, qui faisait partie d’un ensemble de cercueils, et pour lesquels une petite cérémonie d’accueil était organisée. Ce jeune Lieutenant fier d’aller rendre hommage à son père, a vite déchanté, quand il a vu des gens manifester contre le rapatriement de ces corps, prétextant la dépense d’argent inutile pour ces retours. Il était très ému quand il m’a raconté cette histoire… Je le comprends.

Voilà !… J’ai sorti ma rancœur, cela m’a fait du bien. Même encore à notre époque moderne où il est fortement conseillé d’oublier pour la soi-disante paix des peuples. En moi il est un souvenir qui ne s’effacera pas, et qui partira avec moi c’est celui de cette Indo… Où j’y ai laissé une partie de ma jeunesse.

 

Source : http://corniquet.ifrance.com/

 

11:08 Écrit par Vietcong dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Quand je suis entré à l'armée, j'avais un instructeur vétéran de cette guerre.Mon oncle, décédé depuis,était commando las-bas.
Ce conflit a été terrible, ça se voyait dans leur regard ... Moi-même vétéran du golf, la guerre est une saloperie sans nom ... je ne souhaite à personne d'en faire l'expérience : ni gloire, ni fierté, juste du dégoût ... Sur ce, je retourne siroter mon petit vin espagnol.Qu'il est savoureux tout à coup. :)

Écrit par : engagé Baleine | 01/10/2006


J'ignorais que tu étais militaire. Et c'est d'autant plus intéressant que tu connais ton sujet.

Le "conflit" en Indochine, ses origines, ses conséquences méritent un développement bien plus important que le présent petit post.

Comme tous les conflits armés, il me paraît important de préciser qu'il ne s'agit pas d'un jeu, comme l'est Vietcong !

Mais, au moins, ce "jeu" permettra à certains d'entre-vous d'avoir un devoir de mémoire.

Écrit par : salut engagé Baleine | 02/10/2006

=Correctif au précédent message=
Il semble que l'ajout de commentaires pose problème en cas d'absence de titre :-((

Écrit par : Nekamas | 06/10/2006

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