12/03/2005

La guerre du Vietnam et le Canada

 

Entre 1964 et 1974, le Canada est devenu un refuge pour environ 40 000 à 50 000 Américains opposés à la guerre (insoumis et déserteurs) qui avaient été forcés par leur gouvernement à faire leur service militaire au Vietnam.

Pour éviter de combattre dans cette guerre, ils ont franchi la frontière pour se réfugier au Canada, s'appelant eux-mêmes des immigrants reçus ou des touristes afin d'éviter d'emprunter la filière habituelle de l'immigration.

La majorité d'entre eux ont fini par s'établir à Toronto et à Vancouver, et ont contribué à la création des mouvements d'opposition à la guerre qui se multipliaient alors sur les campus des universités canadiennes, renforçant ainsi le mouvement hippie au Canada.

Même si Washington a exercé de fortes pressions pour que lui soient rendus les insoumis et les déserteurs américains, Ottawa a refusé de les renvoyer.

De toute évidence, cela a engendré une certaine rancune à la Maison Blanche, qui a culminé dans cet incident où le président Lyndon Johnson aurait saisi le premier ministre Lester Pearson par le collet et aurait crié après lui.

« Pearson, t'es mon chum! Rends-moi mes hippies! »

« Ne sois pas aussi vieux jeu, bonhomme. Arrête la guerre ! »

De 1964 à 1968, les insoumis ont pu entrer au Canada comme tous les autres Américains, étant donné que la déportation de personnes sur la base de leur situation militaire n'était pas permise en vertu de la politique nationale sur l'immigration; toutefois, les déserteurs étaient refoulés à la frontière.

En 1968, après beaucoup d'agitation dans l'opinion publique et des débats nombreux, longs et houleux au Parlement, cette situation a changé lorsque le premier ministre Pierre Trudeau a décidé d'admettre également au Canada les déserteurs américains.

On estime que seulement 15 % d'entre eux ont fait l'objet d'une mesure d'amnistie par le gouvernement américain et ont pu rentrer aux États-Unis.

Les 85 % restants n'ont jamais pu retourner dans leur pays d'origine et ont dû commencer une nouvelle vie au Canada.

Beaucoup de personnes pensent que cette vague d'influence pacifiste américaine a contribué à faire pencher vers la « gauche » les valeurs canadiennes; ce qui veut dire, si l'on généralise un peu, que nous avons évolué vers une société plus libérale et pacifique.

Si une telle affirmation dépasse la vérité, on peut tout de même dire de ces immigrants qu'ils ont contribué à la croissance du mouvement hippie au Canada.

« Man, vous êtes une personne sensass »

En décembre 1969, John Lennon, Yoko Ono et le premier ministre Pierre Trudeau se sont rencontrés secrètement durant 50 minutes dans le bureau du Premier ministre situé dans l'édifice du Centre.

À part eux, il n'y avait dans la pièce que deux photographes, et cette rencontre a constitué une surprise complète pour la presse.

Lennon et Trudeau ont discuté de questions reliées à la paix mondiale et ils ont découvert avec bonheur qu'ils étaient tous les deux sur la même longueur d'ondes.

Lennon a même adressé certains mots bien choisis à l'ancien premier ministre : « Man, vous êtes une personne sensass. » (D'accord, nous avons ajouté le mot « man ».) Il a plus tard déclaré aux médias que « si tous les politiciens étaient comme [Trudeau], la paix régnerait dans le monde. Vous ne savez pas à quel point vous êtes chanceux au Canada. »

 

Dans le cadre de leur croisade mondiale pour la paix (et après que des fonctionnaires des douanes américaines leur eurent refusé l'entrée aux États-Unis), Lennon et Ono ont visité le Canada et ont fait de Montréal leur quartier général nord-américain. À l'issue du « bed-in » de Montréal pour la paix, ils se sont rendus à Ottawa pour leur rendez-vous avec le Premier ministre. Se tenant par la main tout au long de leur rencontre avec Trudeau, ils ont contribué à faire connaître davantage dans la société canadienne le mantra « Faites l'amour, pas la guerre! », ainsi que, d'une manière plus générale, le mouvement pacifiste.

« Merci d'être venu, John—ça été vraiment marrant! »

« C'est bien mon chum! Paix à tous les Canadiens. »

En 1965, au moment où les insoumis américains commençaient à affluer à Toronto, l'Université de Toronto est devenu un centre important pour les militants pacifistes et pour leurs organisations.

En fait, le quartier de l'Annex situé près de l'Université de Toronto en est venu à être désigné comme le « ghetto américain », là où un grand nombre des nouveaux immigrants ont choisi de s'établir pendant qu'ils enseignaient ou étudiaient à l'université.

La « Student Union for Peace Action » (SUPA) a également contribué à faire venir au Canada des Américains opposés à la guerre et est rapidement devenue une voix importante pour le mouvement canadien de résistance contre la guerre du Vietnam, affirmant le pouvoir de la jeunesse sur la scène politique nationale.

La SUPA et son partenaire, le « Toronto Anti-Draft Program » (TADP), ont organisé un genre de « chemin de fer clandestin » à l'intention des Américains, établissant des auberges de jeunesse et des magasins en vue d'aider les nouveaux arrivants.

Est-ce que les Américains se voyaient eux-mêmes comme des exilés?

Eh bien l'histoire nous enseigne qu'un grand nombre d'entre eux aimaient vivre au Canada et qu'une fois adaptés à leur nouvel environnement, ils ont trouvé le moyen d'exprimer leur idéaux pacifistes et libertaires.

Ce qui suit représente une réponse typique : « Se considérer soi-même comme un exilé politique signifie pour moi que vous vous voyez encore comme un Américain déplacé, arrivé dans les limbes. Se considérer soi-même comme un néo-Canadien constitue le début d'une aventure. » Sensass, n'est-ce pas? C'est de cette manière que ces Américains opposés à la guerre en sont venus à influencer la culture et la politique canadiennes.

Source : http://citzine.ca/issue.php?lng=f&issue=v02i03&art=flower&p=


15:35 Écrit par Vietcong | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.